29 août 2008
chapitre 4 : collègue et Coooooooollègue !!
Un mini bus de clients s’est arrêté pile devant l’agence avec option deux engueulades, bref une belle journée qui commence...j’ai presque envie de chanter la chanson de la pub Ricorée moi !
J’attends également un gentil petit stagiaire qui est sensé m’épauler pour les prochains mois face à la surcharge de travail.
Mais j’ai abandonné tout espoir d’avoir un réel coup de main. A l’heure qu’il est, c’est plutôt l’angoisse de savoir quel cas je vais devoir surveiller afin de ne pas voir la clientèle fuir en courant.
En effet nous pouvons nous prévaloir dans notre entreprise d’avoir un quota COTEREP supérieur à la moyenne.
En quelques mois, je pense avoir vu ce que je pensais impossible de voir dans une entreprise : des gens qui ne travaillent pas (mais font des actes de présence et quelques bourdes, histoire de donner un peu de boulot aux autres), qui sont payés et qui assument.
Il y a la grande malade en convalescence en mi-temps thérapeutique qui fait ses horaires en fonction des jours de soldes et de beau temps (« ah bon l’agence n’ouvre pas à 14h ? ») et qui feint le malaise dès qu’on lui demande de ranger 3 dossiers (« oh mais tu comprends je suis TRES malade … t’as vu j’ai été chez le coiffeur hier ?? »).
Ensuite nous avons le vieux grincheux dont personne ne veut assumer la gestion permanente et qui pourrit donc la vie des employés à tour de rôle (« allez lundi on l’envoie à l’agence sud et mercredi à l’agence nord … ils vont bien tenir jusque là quand même »), qui revendique le fait de ne plus rien faire car il a bossé 20 ans dans l’entreprise, qui insulte les clients (« ça fait 20 ans que je me tape des clients comme vous, alors basta ! »), et qui vous appelle « ma petite chatte » en vous regardant comme un somalien regarderait un hot-dog.
A cela s’ajoute les stagiaires qui ont soit disant minimum le BAC en poche mais qui ne savent pas faire des additions (« quoi ? t’as pas de calculatrices ? mais attends, je vais JAMAIS pouvoir compter ça ! »), qui confondent les billets de 10 euros et de 100 euros car ils ne sont jamais allés chercher le pain tout seuls(« Beh tu sais avec la bonne à la maison, je n’ai jamais eu à faire cette corvée ») et qui au passage tentent de piquer dans la caisse pour partir en vacances après leur stage.
Ma préférée reste quand même la blonde décolorée, quanrantaine bien tassée, mais qui veut « faire jeune » (dans son cas, cela signifie 3 tonnes de maquillage et vêtements de gamine de 12 ans) , mariée 3 fois, divorcée 3 fois, dont les enfants sont éparpillés entre DDASS, grands-parents et pères, qui raconte au client les derniers concerts qu’elle a été voir (« je TE juuuure (oui elle les tutoie) j’ai failli monté sur scène, ah beh non, attends, JE suis montée sur scène, ouais c’est vrai, je m’en rappelais plus car après on a fait une de ses teufs avec tout le groupe ..ah c’était vraiment top … ») tout en sirotant son café et renversant au passage la cafetière sur votre bureau où vous, vous étiez en train de travailler (« ah zut ! Mais t’en as toi aussi des papiers sur ce bureau … c’était pas grave celui-ci là où y’a écrit « accord de prêt immobilier, un seul exemplaire vous sera délivré » ? »).
De temps en temps, il arrive quand même qu’il en sorte un ou deux du lot, mais il faut dire que face aux autres cataclysmes, le premier ayant un comportement presque normal nous parait surdoué. (« whoua ! super philippe ! t’as réussi à donner le bon chéquier à la bonne personne ! C’est tout simplement génial ! » Oui, du coup, on s’enthousiasme très vite pour tout)
Bref ce matin, j’attendais avec impatience (le mot n’est pas adéquate mais comment pourrais je dire « peur, angoisse, stress, panique » en un seul mot ?) un stagiaire qui m’était confié (car visiblement je n’ai pas les épaules assez carrées pour un poste de conseiller mais pour former à tour de bras, personne ne recule à me donner cette responsabilité).
Je commençais à imaginer mon boulet, se pointant en retard, le cartable à la main, attendant gentiment que je lui fasse tranquillement visiter les lieux alors que 42 personnes s’agglutinaient au guichet en commençant à piétiner le sol tel le taureau dans l’arène un jour de féria à Dax. Je fus happer de mon doux songe par la voix de la poissonnière essoufflée : « Mademoiselle, il vient d’y avoir un accident de voiture devant votre agence, appelez vite les urgences » (car à défaut d’être guichetière, je suis aussi standard des renseignements, dame pipi, QG central de toute la France … et avec l’ouverture sur l’Europe ça vous laisse imaginer ce qui m’attend).
N’écoutant que mon courage, je décroche le combiné et préviens de suite le SAMU. Jusque là, tout va bien. Je gère la situation.
C’est officiel mon stagiaire est en retard de 2 minutes.
Je jubile : je le savais. Ils sont trop prévisibles.
Vingt minutes plus tard, les yeux plongés dans les billets afin de compter la caisse, j’entends une voix à la fois chaude et sensuelle me murmurer : « Excusez-moi pour ce retard, mais j’ai dû aider une pauvre femme qui vient de se faire renverser dans la rue, et comme j’étais le seul témoin j’ai du faire une déposition au commissariat d’à côté. Pour un premier jour, je ne dois pas vous paraître très sérieux. »
Entre temps j’ai relevé la tête et sous le choc du spectacle délicieux qui s’offrait à moi, j’en ai fait tomber mes rouleaux de pièces de 1 centime (gling-gling-gling …génial ! adieu pause-déjeuner … moi je vais ramasser des piècettes ce midi !).
Un beau gosse à la belle gueule et au corps de rêve parfaitement moulé dans un costume gris perle renvoyant le bleu pacifique de ses yeux me souriait avec une moue à la Elvis.
« sta … sta … giaire ? » Oh j’ai réussi à parler ! Moi qui croyais avoir définitivement perdu l’usage de la parole suite au choc émotionnel que m’avait crée cette vision iddylique.
« Oui, je suis vraiment désolé. Je commence de suite. Je vous écoute : que voulez vous que je fasse ? » dit-il tout en faisant le tour du guichet pour venir s’asseoir à côté de moi.
Commence par m’arracher sauvagement mes vêtements (choisis avec goût et qui me vont à ravir, contrairement à ce que la rumeur prétend), puis caresse moi partout, ensuite fais ce que tu veux avec ta langue et …
« Tu peux ramasser les pièces de 1 centime, ça m’aiderait beaucoup, merci. »
C’était ainsi que je rencontrais bob dit la bombe humaine.
Les jours suivants, la clientèle féminine avait déjà repéré Mon canon et se fut très vite la queue au guichet pour apercevoir le mâle.
« Bonjour Madame Michaud, mais ce n’est pas votre mari qui vient d’habitude pour faire la monnaie du magasin ? »
« Oh mais vous savez le pauvre, il devient vieux, il fatigue, il faut que je l’aide un peu plus. J’ai 10 ans de moins que lui vous savez ? 10 ANS ! » en insistant bien sur son âge, tout en jetant des œillades assassines à bob.
« Madame Bigeart, je vous ai dit ce matin que votre chéquier n’arriverait qu’en fin de semaine … »
« C’était juste au cas où vous l’auriez reçu entre temps, puis comme j’étais dans le quartier. Je reviens de chez l’esthéticienne, je me suis faite épilée le maillot. Donc à tout hasard, je suis venue voir si le chéquier était là. Enfin tant pis pour le chéquier … Mais dites moi, votre collègue, il est muté définitivement dans cette agence ou bien ? »
Chapitre 3 : enfer et stagnation
Ah ! Quel bonheur d’être à l’accueil !
Mais je n’aurais pas cette place de rêve toute ma vie.
Non, je suis vouée à un bien meilleur destin. Dixit la direction générale de la banque, un poste de conseiller clientèle n’attend que moi...depuis 1 an et demi.
Mais si, ils me l’ont dit. « Faites vos preuves et nous saurons vous récompenser » : je me demande même si le directeur des ressources humaines n’a pas cette phrase tatouée quelque part telle une devise … mais bon, je n’ai jamais eu l’occasion de le vérifier, nous ne sommes pas assez intimes, même si à la façon dont il plonge en brasse coulée, ses yeux vicelards dans mon décolleté, on en douterait un peu.
J’en viens à me demander si ce poste de conseiller n’est pas un leurre (pas complètement naïve quand même), mais je ne pense pas que ma direction soit capable d’un tel coup (ah beh si une vraie naïve finalement).
Peut-être que les clients aiment trop voir mon charmant minois (« elle me le donne mon chéquier la grosse avec les yeux cernés ?? ») et font circuler des pétitions pour que je reste leur guichetière préférée (normal, je suis la seule de l’agence).
Peut-être que mon dossier avec tous les compliments que mes supérieurs ont fait de moi (« café nickel, thé trop sucré, croissant un peu trop dur. Conclusion : peut mieux faire. Doit faire ses preuves ») est perdu quelque part dans une salle de réunion.
J’ai beau chercher je ne trouve pas de raisons à cette stagnation dans ma prometteuse carrière.
jsuis une princesse
enfin plutot de ce genre là ;-)
07 août 2008
Chapitre 2 : les clients
« Bonjour monsieur, je vous écoute … » sourire commerciale, voix posée et attentive : je prends mon boulot très à cœur.
« pfffffffffff » (ah celui là je le sens mal …)
« Que se passe t-il monsieur, que puis je faire pour vous ? » toujours souriante, un rien de compassion dans le ton.
« VOUS m’avez pris ma carte bleue, à cause de VOUS, je ne peux rien payer, VOUS êtes des incapables, VOUS êtes des voleurs …bande de pourris ...etc etc » phrase type du client mécontent, énervé …et auquel je dois faire face chaque jour avec tact et bonne humeur.
« Calmez-vous monsieur » (aie ! zut ! ça m’a échappé ! au moment même où j’étais en train de prononcer ces mots je me suis rappelée que c’était LA phrase à ne pas dire ! je suis éliminée, mauvaise pioche...)
« Me calmer ??? (Comme si je lui avais demandé de m’amener une boite de chocolat de noël en plein mois de mai : hum ! j’ai envie de chocolat moi …enfin ça c’est pas nouveau, nous y reviendrons plus tard : là le type devient rouge extincteur alors pas le moment de causer praliné et noisettes) allez me chercher I-MME-DI-A-TE-MENT ma carte bleue coincée dans votre « bip » de distributeur de « bip »(la censure m’oblige à ne pas vous infliger le mot « putain » et « merde » ..re-zut ! j’l’ai dit.)
C’est là qu’on s’aperçoit qu’être agent d’accueil (oui c’est le beau terme inscrit sur ma fiche de paie pour dire guichetière) n’est pas donné à tout le monde.
Car en plus d’être fine psychologue, il me faut réussir à expliquer que je ne peux pas aller chercher la carte dans le distributeur (« hein ? quoi ? comment ça ? vous vous foutez de moi ? ») car je n’ai pas accès au distributeur (« ah mais à notre pognon, ça vous y avait accès, bande de voleurs »), et que la société de convoyeurs de fonds qui gère ce distributeur ne vient qu’une fois par semaine (et pas de bol, ils sont venus la veille).
Là j’assiste à la transformation d’un être humain en un espèce de loup garou enragé ! C’est au moment où il allait franchir le guichet la tête la première (à défaut, certains le font en saut fusburry), me menaçant de me faire, je cite, « bouffer les chéquiers », que le directeur d’agence se pointe.
« Que se passe t-il mademoiselle Brodemy ? Bonjour monsieur, je suis le directeur de cette agence, que puis-je faire pour vous ? » ronronne t-il tout en hypnotisant le client avec sa cravate à rayures bleu canard.
« ELLE m’a mangé ma carte dans SON distributeur » pleurniche le client, dont la voix s’est soudain adoucie face un homme de 2m12 en costard.
Petite précision je ne mange pas réellement des cartes bleues (pensez bien que je n’aurais pas de régime à faire sinon) et que les distributeurs ne m’appartiennent pas (hum, peut-être un jour : j’ai de l’ambition). Mais pour les clients je suis l’unique responsable de tout ce drame.
Le client part bras dessus, bras dessous, dans le bureau du directeur, mielleux comme un Winnie l’ourson en plein goûter.
Et il ressort un quart d’heure plus tard, le sourire jusqu’aux oreilles, sans carte, mais avec un crédit à la consommation et une assurance habitation : j’ai encore beaucoup à apprendre sur la manipulation psychologique visiblement.
Mais ce serait mentir de dire qu’il n’y a que des clients gueulards ou râleurs, non.
Il y a aussi le client odorant ou plutôt malodorant.
Celui qui embaume l’agence d’une odeur nauséabonde.
En général il est même le premier à l’agence. Dès l’ouverture des portes, il déverse son flot de parfum « putois forever » à une vitesse olympique.
Une infection ! En plein hiver, il sent le dessous de bras d’un été de canicule pendant lequel on aurait mis un pull et un blouson de ski. On soupçonne même qu’il y a eu fermentation : il vient de réinventer le roquefort !
Heureusement après 2 cas comme celui-ci, on s’invente des stratagèmes pour éviter le vomissement d’absence de petit-dèj’.
Mon astuce (car après tout, il faut bien que mon expérience sauve de futurs naïfs et innocents débutants dans les métiers de l’accueil) : conserver toujours sur vous les rinces doigts des avions (pour ceux qui ont la chance de voyager), des restaurants de fruits de mer (pour ceux qui n’y sont pas allergiques) et des parfumeries (comment ça c’est pas des rinces doigts ???? ah pardon mademoiselle c’était des échantillons d’un grand parfum .. combien vous dites ? 80 euros les 10 ml … à effectivement GRAND parfum)
Grâce à vos rince doigts, vous faites d’une pierre deux coups en nettoyant votre petit guichet (+ 1 point dans votre carrière si la hiérarchie voit que vous faites des heures de ménage au-delà de votre temps de travail : la direction apprécie toujours d’avoir de la main d’œuvre gratos) et une odeur de citron presque frais reprend lentement le dessus sur l’odeur de Munster à la moufette.


