29 novembre 2008
chapitre 15 : damidot s'empare de moi !
Les pieds posés sur ma nouvelle table basse, je me détends.
J’allume la télé et je tombe sur mon émission déco préférée.
C’est décidé : moi aussi je vais avoir un salon design et moderne qui reflètera parfaitement ma personnalité de femme indépendante et sûre d’elle. J'ai déjà la table basse , le reste est à portée de main. Niveau budget, je pense qu’il est temps de casser le Codevi qui ne me servira pas à partir 15 jours aux seychelles avec Bo gosse de toute évidence (je sais j’ai dit que je ne devais plus y penser, mais là c’est diffèrent, j’ai finalement économisé pour un salon sans m’en rendre compte) A en croire la présentatrice de l’émission, un coup de peinture, 2 cadres, un lé de tapisserie, 3 stickers, un tapis contemporain et une ribambelle de bougies suffiront à transformer mon trou à rat en un loft londonien ( let it be) Ni une ni 2 me voilà chez bricodéco. J’ai déjà la tenue de chantier : vieille salopette décousue, coiffure de n’importe quoi, pas de maquillage (bon j’ai un peu triché en mettant un petit gloss très discret mais on ne sait jamais, un bel artisan menuisier pourrait tout à fait etre le sosie de Johnny Depp et se cachait dans ce genre d’endroits secrets : voyez je ne me laisse pas complètement abattre) « Bonjour madame puis je vous renseigner ? » Hum cette vendeuse a décidément bien ciblée que je devenais mature et sure de moi en m’appelant madame. Elle marque un point ;je me dois de lui confier une part de ma mission. « Oui , tout à fait, en réalité je voudrais relooker mon salon pour lui donner un coté à la fois moderne et chaleureux, quelque chose qui pourrait donner à tout l’appartement un abord contemporain et accueillant. En résumé …. » « Vous venez de vivre un échec sentimental et vous avez envie de repartir du bon pied » me coupe t-elle en me faisant un clin d’œil complice. « euh … pas vraiment .. enfin … oui, mais c’est plus compliqué que ça . . je .. enfin …il … » « venez, nous allons définir les couleurs de votre nouvelle vie » Cette nana me plait. Elle a une intuition un peu trop développée et elle est peut être un peu trop franche au premier abord. Mais franchement elle gagne à être connu. Et à être augmenté et promue ! car j’ai quasiment acheté tout le rayon afin de reproduire chez moi leur coin baroque moderne. J’ai le papier peint, la colle, la panoplie qui va avec et son attirail de brosse en poil de mammouth (enfin une bestiole du même genre mais plus évolué je présume) pour les papiers les plus fragiles, la mini roulette pour les raccords (Bien que je n’ai pas prévu de mettre 2 lés cote à cote), j’ai la peinture, le rouleau, le bac, le white spirit, j’ai 3 cadres avec des petites reproductions absolument magnifiques (et indéfinissables : est ce une voiture ou un cheval ? )
05 novembre 2008
chapitre 14 : Ikéa parce que je le vaux bien !
Bizarrement j’ai très bien dormi. L’alcool ne me réussit pas si mal que ça. J’ai presque bonne mine ce matin.
Allez je dois me ressaisir. La claque psychologique (et accessoirement le brisage de cœur qui va avec) doit me permettre d’ouvrir les yeux et de donner un nouveau tournant à ma vie. Je dois enfin prendre en main mon destin … et la déco de mon salon !!
Le tapis qui déjà n’était pas de grande qualité est complètement bousillé. Mon vieux canapé que mes parents avaient déjà en 1970 et que le chat de la famille avait balafré ne ressemble qu’à un lambeau sur cales. Mes murs sont tristes (comme le fond de mon âme) et mon meuble télé menace de s’effondrer sur un plancher gondolé tel un voyage à Venise (laissez moi me dépayser comme je peux)
Il est 9h50. Dans 10 minutes, votre magasin ouvre ses portes, dit la voix d'hotesse d'une vendeuse payée au SMIC. Visiblement je ne suis pas la seule à vouloir acheter une table de salon ce matin. C'est la première fois que je me trouve à faire l'ouverture d'Ikéa. Je suis entourée d'une bonne trentaine d'acheteurs matinaux et à ma grande surprise, nous petit-déjeunons tous ensemble. Quel élan d'amour et de partage que tous ces consommateurs de meubles en kit buvant d'un seul et même élan leur thé bouillant et dégustant leur biscuit krejnestuk (imprononcable mais tout à fait mangeable). En même temps je me sens seule. J'aurais aimé pouvoir me blottir contre un homme et choisir avec lui la teinte du bois et le voir pousser notre petit chariot.
Boh, après tout, ai je vraiment besoin d'un homme pour ça ? Je suis tout à fait capable de pousser moi même ce chariot. Puis je me serais probablement disputer avec l'homme à propos de la couleur et de la forme de la dite table. C'est bien connu les hommes n'ont pas de gouts et puis c'est ma table après tout c'est à moi de la choisir.
« Nous vous souhaitons une agréable journée » : l'hotesse n'a pas encore reposer le micro que la foule monte les marches 4 à 4 pour être les premiers à atteindre les appartements vitrines . On se croirait à l'inauguration d'une nouvelle attraction à disneyland. Me voilà devant un salon chambre cuisine de 4 metre carré parfaitement aménagé et il y a même encore la place pour garer un monospace dans le salon. Ils sont balèses quand même ! Oh la voilà ! C'est MA table ! Je la reconnais ! Elle m'attendait , elle a été faite pour moi (et pour environ 100 000 autres personnes en quête d'une table basse design et bon marché, mais qu'importe je me sens complètement épanouie à l'idée de m'offrir cette table, symbole de mon indépendance de femme célibataire et heureuse : eh oui une table peut représenter tout ça !)
Je repère le nom du produit (un mélange de consomnes et voyelles digne d'un tirage des chiffres et des lettres), l'allée et le numéro (ça m'a toujours épaté de savoir que chaque meuble a sa propre adresse à l'intèrieur du magasin), tout ceci est noté à l'arrière d'un vieux ticket de caisse avec le crayon à papier des mini pouss offert par le magasin.
Je pousse mon petit chariot de manière tout à fait aisée, j'ai même une certaine classe en avançant vers le dépôt. Je pense que les gens que je croise se disent « quelle femme ! »
Nous y voilà! Devant moi se dresse 5 metres de cartons de table basse. Je jette un coup d'oeil autour de moi : pas l'ombre d'un monte charge ou d'un bras musclé. Réflechissons : s'ils laissent les meubles en libre service, vu le nombre de femmes célibataires en france, divisez par les probabilités qu'elles soient elles aussi en tailleur et talonts hauts pour faire leurs courses, multipliez par le fait qu'elles aient un gros manteau qui tient très chaud et qu'elles soient garés à l'autre bout du parking tout comme moi, cela signgifie que le meuble ne doit pas être si lourd que je veux bien l'imaginer et que le carton paraît volumineux parce qu'il est sur d'autres cartons. Elémentaire mon cher watson !
Si tout le monde y arrive, je dois pouvoir y arriver : il n'y a pas de raisons !
J'entreprends donc une extension de mes bras en passant par un hissement de toute ma personne sur mes gigantesques orteils (je vous jure ils sont super longs ! On dirait des doigts !) qui me permettent donc de gagner 2 bons centimètres (presque suffisants pour atteindre le carton avant d'entendre un crac sur les phalanges de mes doigts de pied)
Oubliant ma souffrance pedestre, je fais une deuxième tentative. Yes ! Ce carton est mien ... et de tout son poids ! Mon dieu ! Cette table pèse un ane mort (ou bien vivant plutot, on dirait même qu'il utilise sa force contre moi). A peine essouflée (suis je asthmatique ?) je le dépose délicatement sur mon (trop) petit chariot. (bon ok je l'ai laché violemment de toute ma hauteur et il a attéri à moitié par terre ... mais ces meubles là c'est du solide non ?)
Bon le plus dur est fait, non ? Victorieuse et fière de moi, j'arrive à la caisse. Je règle ma table basse : c'est officiel : elle m'appartient et il ne tient qu'à moi de la charger dans ma voiture. Je sors du magasin et je découvre que le chariot, lui, n'a pas le droit de quitter le périmètre de la porte automatique. Ne pouvant abandonner ma toute récente acquisition à son triste sort pour rapprocher ma voiture, je jauge rapidement la distance qui me sépare du but.
4,5,6,7 rangées de voitures et il ne pleut même pas. Allez je ne vais pas me décourager maintenant, d'autant que j'ai déjà soulever ce carton à l'intèrieur du magasin (bon une micro seconde et j'ai cru mourir écrasée sous le poids des planches)
Bien sur il n'y a aucune prise sur le carton, il est 2 fois plus large que moi et il me paraît encore plus lourd que tout à l'heure. J'arrive à le soulever sur une distance héroïque (1 mètre !! whoua !) puis je décide en commun accord avec moi même, de faire une petite pause bien méritée. Le carton de 2 tonnes (d'après mes estimations ) repose sur le dessus de mes pieds. J'ai le visage sclérosée par mes efforts, je suis en nage sous mon manteau pure laine, je ne sens plus mes bras, mes mains et mes doigts commencent à présenter une jolie couleur rouge sang et des entailles disparates. Tel un athlète donnant tout ce qu'il a dans les entrailles dans la dernière ligne droite je me motive pour parvenir en un seul sprint final à la ligne d'arrivée.
Sauf que j'ai oublié ma dopamine.
Je suis maintenant exactement à équidistance (eh je savais bien que ce mot appris en cours de maths me servirait un jour dans la vie : j'ai bien fait de pas sécher les cours au lycée dis donc !) du magasin et de la voiture, lorsque la pluie se met à tomber.
Pas une petite pluie fine et innocente. Non ! Une pluie tout droit issue d'une punition divine qui me serait directement adressée. Je reçois donc l'équivalent de 2 seaux d'eau en moins d'une minute. Le carton se détrempe à la vitesse opposée à laquelle je suis arrivée jusqu'ici (ouh que de mathématiques aujourd'hui), mes cheveux se collent irrémédiablement devant mes yeux m'empéchant de voir tout obstacle (plot et autre joie du parking). Dans un dernier soupir, je puise une énergie nouvelle, l'énergie du déséspoir qu'on appelle ça je crois, et j'arrive à ma voiture !
Je pleure de joie en sortant mes clefs. J'y suis arrivée ! Un dernier effort et le bonheur sera complet. J'arrive presque à partager et comprendre la joie et la douleur de l'accouchement. J'en suis à la dernière poussée : puis la délivrance ! Ça y est ! J'ai acheté une table basse !!
Assise derrière mon volant je me félicite tout en reprenant mon souffle. Je tourne la clé dans le contact : Rien !
Feintant n'avoir rien vu, ni entendu, je renouvelle mon geste rotatif : Rien !
Noooooooooooooooooon ! Pas aujourd'hui ! Pas maintenant !
Eh bien si ! Je suis en panne, coincée à vie sur le parking où j'ai connu les pires souffrances que mon corps ait pu endurer !
Je vous épargne l'épisode de la dépanneuse et de la honte devant tous les clients des quelques dix magasins qui partagent ce parking (j'ai même appris que c'était le troisième plus grand d'europe, c'est dire !)
mais le dépanneur (un sosie de danny de vito en + gros et + petit) était un homme d'une grande gentillesse (il m'aurait même hébergé pour me « dépanner » bien sur, en préciant qu'il n'avait qu'une seul lit) et m'a monté le carton jusqu'à l'apartement. En échange j'ai du lui donner mon (faux) numéro de téléphone. Tout en réalisant que ça ne servait pas à grand chose puisqu'il savait désormais où j'habitais (que voulez vous je ne peux pas penser à tout lorsque j'improvise)
voilà il ne me reste plus qu'à monter ma table basse : 1 tournevis et c'est parti pour le show !
chapitre 13 : le chapitre qui ne porte pas bonheur
En grand gentleman, Bo gosse, ex-rêve de ma vie, est allé me chercher un petit médicament à la pharmacie d’en bas. Allongée sur mon canapé, je crois que j’ai touché le fond du gouffre de ma vie sentimentale.
Pourquoi la vie est elle aussi injuste ?
« ça va mieux ? tiens prends ce cachet , la pharmacienne m’a dit qu’il allait faire effet rapidement … t’es encore toute pâle. J’aime pas te voir comme ça. » il me passe la main dans les cheveux et me remonte la couverture à hauteur du menton.
Je tente de me ressaisir du mieux que je peux. Je n’interprèterais plus aucun de ces gestes. Je ne rêverais plus jamais de lui . Son cœur est pris . Je ne peux plus le voir comme un mari potentiel.
Grelottante et déprimée, je n’ai plus rien de la femme fatale que j’étais il y a quelques heures (beh oui quoi je me rapprochais d'un idéal de perfection féminine non ?). J’ai une haleine de gueule de bois, les yeux bouffis pleins de larmes et le teint blafard telle une top model pendant un défilé galliano (ah pour une fois que je ressemble à un top model)
Bo gosse vient de partir. J’ai du le mettre à la porte. Sa gentillesse me donnait la nausée et son sourire me donnait des bouffées de chaleur.
Une seule question désormais : comment vais-je pouvoir l’oublier ?
Mon téléphone me rappelle à la réalité : « alors ??? comment ça s’est passé avec Bo gosse ??? raconte !!!! » me questionne la voix toute excitée d’Appoline.
Je fonds en larmes et je remets une couche de vomi sur la partie qui ressemblait encore à un reste de tapis Conforama.


